La réalisation

 

Pendant ces trois années, j’ai rassemblé toutes les informations obtenues ici et là, d’autant plus que le hasard m’avait fait entrer en relations, dès notre retour du voyage en Lituanie/Estonie (mai 1995), avec un Juif lituanien, expatrié en Israël, auteur d’un livre sur la résistance juive lituanienne entre 1941 et 1944. Il avait été emprisonné au Neuvième Fort de Kaunas en novembre 1943 (cette prison dénommée “usine de mort” dans laquelle les déportés du convoi 73 devaient arriver quelques mois plus tard), et il y avait organisé une extraordinaire évasion, à Noël 1943, permettant à 64 personnes de retrouver la liberté, dans des conditions exceptionnelles.

Ayant lu le livre de cet homme dans la version anglaise, je décidai de le traduire en français afin que les atrocités commises par les Lituaniens pendant la Seconde Guerre mondiale soient connues en France. L’histoire de cette traduction et de ses retombées nécessiterait à elle seule… beaucoup de pages. Je résumerai en disant que je l’ai réalisée à titre entièrement bénévole (tant en ce qui concerne la traduction que la diffusion) en mémoire de mon père, dans des conditions assez difficiles en raison de la barrière des langues, et que le livre est paru en décembre 1999, après de nombreuses vicissitudes, sous le titre Courage dans la tourmente en Lituanie - 1941/1945 (éd. L’Harmattan, coll. Forum de l’IFRAS)..

Aidée par l’auteur de ce livre (par télécopies interposées, car je n’ai pu le rencontrer que trois ans plus tard), j’ai pu apprendre, à la source, un certain nombre d’informations tout à fait inédites concernant le sort des Juifs arrivés de France à Kaunas en mai 1944, démentant formellement une partie de ce qui avait été raconté ici et là après la guerre.

Cette rencontre et ce livre ont abouti, après un certain nombre d’événements, à un second voyage aux Pays Baltes, organisé par une partie des mêmes personnes plus quelques autres, en août/septembre 1998, également relaté dans « Nous sommes 900 Français ». Cette fois, dès notre retour, j’ai proposé de prendre en charge la rédaction et la réalisation de la « petite plaquette » projetée trois ans auparavant.

J’imaginais une petite brochure d’une cinquantaine de pages, que je me proposais d’offrir à la vingtaine d’amis ayant participé aux voyages. J’avais prévu de terminer ce travail avant la fin de l’année 1998. C’était sans compter sur le « bouche à oreille ».

Au bout de quelques mois, d’autres familles, alertées par des parents ou des amis, proches ou lointains, de façon directe ou indirecte, prirent contact en souhaitant, elles aussi, ajouter leur contribution à cette « petite plaquette ». Il ne me fut pas possible de respecter le délai que je m’étais imparti, en raison de cet afflux de témoignages auquel je ne m’attendais absolument pas.

Pendant six mois, j’ai travaillé seule, devant mon ordinateur. Je ne suis ni écrivain, ni éditeur, mais seulement une grand-mère (six enfants et quinze petits-enfants), ancienne (bonne) secrétaire, très motivée par ce devoir de mémoire dû à mon père et à ses compagnons. J’ai écrit dans « Nous sommes 900 Français », quelque part, vers la fin, combien la transcription de ces témoignages a été pénible pour moi, souvent tentée d’abandonner la tâche que je m’étais assignée.

Cependant, je tiens à souligner que si j’ai été, en quelque sorte, le moteur de cette réalisation, sa seule responsable aux plans juridique, éditorial, technique et financier, notre livre n’aurait jamais vu le jour sans la participation de tous les amis qui m’ont confié leur témoignage, ainsi que leurs photos et leurs documents familiaux. Il s’agit donc d’une œuvre collective, à laquelle ont participé toutes celles et tous ceux dont le nom est cité dans ce livre.

Lorsque j’ai commencé à numéroter les pages de la « petite plaquette », après en avoir rédigé la première partie et ajouté, les uns après les autres, les 48 témoignages reçus, j’ai été absolument effarée de constater que c’était devenu un véritable livre de 440 pages. Bien entendu, pas plus que moi, aucun des amis de notre groupe ne s’attendait à ce résultat. Chacun avait réservé à l’avance un certain nombre d’exemplaires, et j’en avais fait imprimer 350 (en photocopie laser), ne pouvant me permettre de conserver un stock, car - ainsi que je l’ai dit - je ne suis pas une professionnelle et ne disposais d’aucune aide financière (que j’ai toujours refusée, pour différentes raisons personnelles).

Je tiens à ajouter ici une parenthèse : j’ai souhaité expressément conserver à ma charge les frais de fabrication de la maquette de ce livre (réduction ou agrandissement des photos ou documents qui m’ont été confiés pour les adapter à la mise en page, papier et encre pour l’imprimante et le photocopieur, frais postaux ou téléphoniques pour la correspondance avec les uns et les autres, etc.). J’ai tenu essentiellement à ne demander qu’une participation à la facture d’impression du livre. J’ai voulu que ce livre ne donne lieu à aucun bénéfice, quel qu’il soit et qu’il soit accessible, financièrement, au maximum de familles.

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© Éric et Dominique Blum - 1 Jan 1970